Varanasi

Pour finir en beauté ce voyage dans le nord de l’Inde, j’ai choisi Varanasi, ville où le Ganges est sacré.

Le long des 80 ghats, c’est un peu un crématorium géant à ciel ouvert tous les jours où les familles viennent offrir la réincarnation à leurs défunts. « Spectacle » inhabituel mais pourquoi pas après tout. Puis si on n’aime pas, une solution existe : ne pas y aller.

Les rues sont larges pour la plupart, mais ultra peuplées, bruyantes au possible, et le harcèlement des vendeurs est incessant. Mais passé ce cap, de nombreux temples, restaurants, boutiques ou autres refuges existent ce qui fait de cette ville une ville riche et intéressante.

Pour apprécier tout cela, il faut d’une part être habitué à l’Inde, ce qui commence à être mon cas après un mois passé ici, mais aussi du temps, ce qui me manque malheureusement, d’autant plus que pour aider mon nouveau pote chilien j’ai dû passer 2 heures au poste de police et au moins autant dans les rues à discuter avec tous les chauffeurs de rickshaw (voir récit en bas de page pour les courageux).

Coté état de la ville, mise à part une proportion plus importante ici qu’ailleurs (des villes que j’ai visitées) de magasins et centres commerciaux à l’européenne, c’est à peu près pareil qu’ailleurs : saleté présente (quoi qu’assez faible, du coup c’est à se demander si les villes de taille moyenne ne souffrent pas plus de la saleté que les grandes villes), poussière, klaxons, rues congestionnées, bâtiments en béton qui tombent en ruine, petits magasins, temples, animaux, clochards, mendiants, profiteurs de touristes, mais les gens en moyenne sont plutôt sympathiques dès le premier abord ce qui est loin d’être le cas partout, en Inde comme ailleurs.

Ghat principale :Varanassi_Ghat

Ganges vu d’une terrasse :Varanassi_Ganges terrasse

Temple près de la principale ghat :Varanassi_temple ghat

Crémation géante :Varanassi_Crémation

 

Pour ceux qui ont eu le courage d’arriver jusqu’ici et qui en ont encore plus pour aller plus loin, voici l’histoire d’une journée pas comme les autres :

Après un petit déjeuner, avec une allemande rencontrée le premier jour à Delhi et un chilien légendaire (que l’on appellera Manu pour ne pas laisser son identité inconnue), où il a été difficile de se faire servir ce que l’on souhaitait, nous voilà partis pour le ghat le plus important de Varanasi en touktouk à travers les rues bondées. Après avoir été subjugué par une paire de chaussure à la sortie du taxi, voilà le chilien qui, ne sachant pas un seul mot anglais, se met soudainement à crier en espagnol qu’il a oublié son sac dans le taxi, sac qui contient son passeport, la majorité de son argent et tout son travail artisanal (il est vendeur ambulant en Amérique latine de jolis bijoux, essentiellement des boucles d’oreille en bois, qu’il crée lui-même). Panique à bord, je prends les commandes puisque l’un ne parle qu’espagnol, l’autre est toute jeune et ne sait pas trop que faire, et moi qui ait la malheureuse expérience d’avoir perdu mon porte-monnaie en arrivant à NYC alors que je ne savais pas comment dire portefeuille en anglais ( ce qui m’avait valu de revenir tout droit d’où je venais sans sortir de la gare routière, c’est à dire à Montréal, après donc 2 fois 8 heures de bus ; mon colloc’ de l’époque avait été un peu surpris de me voir débarquer si vite).

Du coup, on demande aux chauffeurs de taxi d’alerter TOUS les chauffeurs de taxi, du moins j’essaye parce que seulement 1 sur 10 comprend plus de 6 mots d’anglais, etune majorité n’est intéressée que par l’argent et donc veut nous amener quelque part absolument. Le tri effectué, le message a pu passer en hindi ensuite auprès de tous en leur promettant une récompense à celui-qui nous ramènerait ce superbe sac de couleur verte plein de surprises.

Ensuite direction la police pour une déclaration de perte au cas où quelqu’un aurait la bonne idée de le ramener et que l’on puisse nous contacter. Le poste de police, comment dire, un vrai bordel : des types qui rodent, on ne sait même pas s’ils travaillent ici ou si ce sont seulement des types qui ont vu des blancs et qui prennent seulement le plaisir de venir nous poser la question « which coutry » (alors que toi tu penses un truc du genre : « connard tu vois pas que c’est la panique là alors casse toi avec questions débiles qui n’ont rien à foutre là comme toi visiblement »). En parallèle, le chilien qui ne parle qu’espagnol à tout le monde, comme d’habitude, sans se soucier de la difficulté de compréhension, et qui en plus a trouvé en moi un traducteur alors que ça fait seulement 6 mois que j’apprends l’espagnol à l’aide d’un logiciel, autant dire qu’il faut avoir réglé le curseur concentration au maximum.

Par ailleurs, il faut savoir que l’Indien ne peut pas travailler s’il sent un peu de stress alentour (j’avais lu ça dans un livre heureusement), donc ils prennent le temps pour tout, surtout pour ne pas agir d’ailleurs, alors je leur explique lentement, avec un ton d’un calme absolu, qu’il est important pour nous de retrouver le sac de mon ami chilien à qui je glisse toutes les 2 minutes « espera, ok’’, mot récemment appris.

Au bout d’une heure et demi, après s’être fait envoyer dans un cyber café pour imprimer des documents, avoir entendu une histoire du style : « ah ben quelqu’un est venu rendre le sac mais vous n’étiez pas là alors il est parti », putain là c’est l’arrachage de cheveu, le ton monte : « comment avez-vous pu laisser partir le type avec le sac alors qu’on revenait », « I don’t know » est la fabuleuse réponse à laquelle on a droit). Je commence à comprendre leur niveau de réflexion : je m’installe dans le bureau du chef (qui a déserté on ne sait où depuis notre séjour au cyber), j’exige un document officiel ici et tout de suite, avec calme et autorité, pour déclarer la perte, ce qui marche parfaitement puisque 2 minutes plus tard j’ai droit à une feuille, un stylo, et du papier carbone pour doubler la lettre. Habitué aux lettres officielles en anglais, j’écris pour Manu, le laisse signer, sans rien oublier des détails des personnes à contacter au cas où le miracle de voir quelqu’un débarquer arriverait.

On retourne à l’hôtel car les richkshaws drivers ont leur zone de campement, on active partout le réseau des rickshaws et des vautours alentour pour promettre une prime, on repart manger un bout au centre (6 km de la ville ce qui n’arrange rien), on revient vers 5 p.m. et en route je glisse à l’allemande : « si le sac est là je me baigne dans le rio ganga comme le chilien l’appelle et je bois cette eau sacrée comme la coutume l’exige. » J’ai la bonne idée de dire quelques secondes plus tard que je déconne on sait jamais les miracles arrivent toujours aux moments inattendus (ce qui fait la définition de miracle non), bonne idée parce qu’arrivés à l’hôtel, le driver du matin est là avec un gars avec qui on a parlé, et le sac est à la réception. Cris de joie, big hugs avec tout le monde, on donne quelques roupies aux honnêtes personnes qui nous ont permis de retrouver ce sac, le chilien fait son radin le bougre avec comme excuse qu’il n’a pas d’argent (ce qui est vrai, mais qui n’est pas valable dès lors que l’on fume à gogo et qu’on s’enfile de la bière quotidiennement).

Manu, rencontré quelques jours plus tôt à Udaipur, et dont on m’avait hasardeusement parlé parce qu’il s’est fait envoyer dans les montagnes du Kashmire par la même agence que la mienne pour une somme astronomique, est un type formidable, plein de joie, attachant, qui parle à tout le monde tout le temps en espagnol et à qui l’on parle hindi, aucune personne n’est alors capable de comprendre ce qu’il se passe, au physique très proche d’un Bob Marley blanc, mais un peu perché quand même.

Fin mot de l’histoire : les rickshaws drivers peuvent être d’une solidarité remarquable, et on s’en est aperçu dès lors que l’on a mis de l’argent en jeu. Ils sont d’une fiabilité implacable car ils n’ont rien touché à ce qu’il y avait dans le sac, attendant sagement la générosité du propriétaire devant la porte de l’hôtel depuis 2 p.m. (un peu absente malheureusement, parce que sans eux Manu aurait dû dépenser bien de l’argent pour refaire son passeport en Inde, sans compter la valeur de tout ce qu’il y avait dedans).

L’équipe de choc :

Varanassi_l'équipe  de choc

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Une réflexion sur “Varanasi

  1. Quelle histoire! tu as du talent pour tenir en haleine tes lecteurs Romano! On est fan!
    Une nouvelle fois on te souhaite une très bonne année 2014…il n’y a pas de doute tu t’en souviendras longtemps de cette année…
    Biz de la part de nous deux!!

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